Le Petit Testament
DE
François Villon

fait l'an 1456





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    L'an mil quatre cens cinquante six,
    Je François Villon escolier,
    Considerant de sens rassis,
    Le frain aux dents, franc au collier,
    Qu'on doit ses œuvres employer,
    Comme Vegece le racompte
    Saige Romain, grand Conseillier,
    Ou autrement, il se mescompte.

    En ce temps que j'ay dit devant,
    Sur le Noël morte saison,
    Lors que les loups vivent de vent,
    Et qu'on se tient en sa maison
    Pour le frimas, prés du tison,
    Cy me vint vouloir de briser
    La tres amoureuse prison,
    Qui faisoit mon cueur desbriser.

    Je le feis en telle façon
    Voyant celle devant mes yeux,
    Consentant à ma deffaçon,
    Sans ce que ja luy en fut mieulx,
    Dont je me deuil & plains aux cieulx
    En requerant d'elle vengeance
    A Tous les Dieux Venerieux,
    Et du grief d'amours allagence.

    A celle doncques que j'ay dit,
    Qui si durement m'a chassé,
    Que j'en suis de joye interdict,
    Et de tout plaisir cechassé,
    Je laisse mon c|ur enchassé,
    Palle, piteux, mort & transy:
    Elle m'a ce mal pourchassé,
    Mais Dieu luy en face mercy.

    Et à maistre Ythïer marchant
    Auquel je me sens tres tenu,
    Laisse mon branc d'acier tranchant,
    Et à maistre Jehan Cornu,
    Qui est en gaige detenu
    Pour ung escot six solz montant:
    Je vueil selon le contenu
    Qu'on leur livre en le racheptant.

    Item je laisse à Sainct Amant
    Le cheval blanc avec la mulle,
    Et à Blaru mon dyamant
    Et l'asne royé qui reculle.
    Et le decret qui articulle
    Omnis utriusque sexus,
    Contre la Carmeliste Bulle
    Laisse aux Curez pour mettre sus.

    Item à Jehan Trouvé Boucher
    Laisse le mouton franc & tendre,
    Et ung tahon pour esmoucher
    Le beuf couronné qu'on veult vendre,
    Et la vache, qu'on ne peut prendre
    Le vilain qui la trousse au col,
    S'il ne la rend qu'on le puist pendre
    Ou estrangler d'un bon licol.

    Et à maistre Robert Vallée
    Povre Clergeon en Parlement,
    Qui ne tient ne mont ne vallée,
    J'ordonne principallement
    Qu'on luy baille legierement
    Mes brayes estans aux Trumellieres,
    Pour coiffer plus honnestement
    S'amye Jehanne de Millieres.

    Pour ce qu'il est de lieu honnest,
    Fault qu'il soit myeilx recompensé,
    Car le saint Esprit l'admoneste,
    Obstant ce qu'il est insensé;
    Pour ce je me suis pourpensé
    Puys qu'il n'a mais riens qu'une aumoyre
    De On recouvrer sur Maupensé,
    Qu'on luy baille l'art de memoire.

    Item plus je assigne la vie
    Du dessus dict maistre Robert,
    Pour Dieu n'y ayez point d'envie,
    Mes parens, vendez mon Haubert,
    Et que l'argent ou la pluspart
    Soit employé dedans ces Pasques
    Pour achepter à ce poupart
    Une fenestre empres sainct Jaques.

    Derechief je laisse en beau pur don
    Mes gands & ma hucque de soye
    A mon amy Jacques Cardon,
    Le gland aussi d'une saulsoye,
    Et tous les jours une grasse oye,
    Et ung chappon de haulte gresse,
    Dix muys de vin blanc comme croye
    Et deux procés, que trop n'engresse.

    Item je laisse à ce jeune homme
    Regnier de Montigny troys chiens,
    Aussi à Jenan Raguyer la somme
    De cent frans prins sur tous mes biens.
    Mais quoy? Je n'y comprens en riens
    Ce que je pourray acquerit;
    On ne doit trop prendre des siens
    Ne [trop] ses amis surquerir.

    Item au seigneur de Grigny
    Laisse la garde de Nygeon,
    Et six chiens plus qu'à Montigny
    Vicestre chastel & dongeon,
    Et à ce malostru Changeon
    Moutonnier qu'il tient en procés
    Laisse troys coups d'ung escourgeon,
    Et coucher paix & aise en ceps.

    Et à maistre Jacques Raguyer
    Je laisse l'abreuvoyr Popin,
    Perches, poussins / au blanc manger,
    Tousjours le choix d'ung bon lopin,
    Le trou de la pomme de pin
    Clos & couvert, au feu la plante
    Emmailloté d'ung Jacopin,
    Et qui vouldra planter, si plante.

    Itam à maistre Jehan Mautainct,
    Et à Maistre Pierre Basannier,
    Le gré du seigneur qui attainct
    Troubles forfaictz sans espargner,
    Et à mon procureur Fournier
    Bonnetz courz, chausses semellées
    Taillées sur mon cordouennier
    Pour porter durant ces gellées.

    Item au Chevalier du guet
    Le heaulme luy establys,
    Et aux pietons qui vont daguet
    Tastonnant par ces establis,
    Je leur laisse deux beaulx rubis
    La lenterne à la pierre au laict,
    Voire mais j'auray les troys licts.
    S'ilz me meinent en chastellet.

    Item a Perrenet Marchant,
    Qu'on dit le bastard de la Barre,
    Pour ce qu'il est un bon Marchant
    Luy laisse trois gluyons de fouerre
    Pour estendre dessus la terre
    A faire l'amoureux mestier:
    Ou il luy fauldra sa vie querre
    Car il ne scet aultre mestier,

    Item au Loup & à Chollet
    Je laisse a la fois vng canart
    Prins sur les murs, comme on souloit,
    Envers les fossez sur le tard,
    Et à chascun vng grand tabart
    De cordelier, jusques aux pieds,
    Busche, charbon, & poys, & lard
    Et mes houseaulx sans avantpiedz.

    Derechief je laisse en par pitié
    A troys petitz enfans tous nudz,
    Nommez en ce present traictié,
    Povres orphelins impourveuz
    Tous deschaussez tous despourveu[z],
    Et desnuez comme le ver;
    J'ordonne qu'il seront pourveuz
    Au moins pour passer c'est yver.

    Premierement Colin Laurens,
    Girard Gossoyn | Jehan Marceau,
    Desprins de biens & de parens
    Qui n'on vaillant l'ance d'ung seau,
    Chascun de mes biens ung faisseau
    Ou quatre blancs s'ilz l'ayment mieulx,
    Ilz mangeront maint bon morceau
    [?]es enfans quant je seray vieulx.

    Item ma nominat[ï]on,
    Que j'ay de l'Université,
    Laisse par resignat[ï]on,
    Pour forclorre d'aversité
    Povres clercs de ceste cité,
    Soubz cest intendit conteneuz;
    Charité m'y a incité,
    Et nature, les voyant nudz.

    C'est maistre Guillaume Cotin,
    Et maistre Thibault de Vitry,
    Deux Povres clercs parlans latin
    Paisibles enfans sans es[t]ry
    Humbles, bien chantans au lectry
    Je leur laisse (sans recevoir)
    Sur la maison Guillot Gueuldry,
    En attendant de mieulx avoir.

    Item plus je adjoinctz à la crosse,
    Celle de la rue sainct Anthoine,
    En ung billart dequoy on crosse,
    Et tous les jours plain pot de seine,
    Aux pigeons qui sont en essoine,
    Enserrez soubz trappe volliere,
    Mon mirouer bel & ydoyne,
    Et la grace de la Geolliere.

    Item je laisse aux Hospitaux,
    Mes chassis tissus d'Araignée,
    Et aux gisans soubs ses estaux,
    Chascun sur l'œil une grognée,
    Trembler à chiere reffrongnée,
    Maigres, velluz, & morfonduz,
    Chauses courtes, robbe rognée,
    Gelez, meurdriz, & enfondus.

    Item je laisse à mon barbier
    Les rongneures de mes cheveulx
    Plainement, & sans destourbier;
    Au savetier mes souliers vieulx;
    Et au frippier mes habitz tieulx
    Que quant de tout je les delaisse,
    Pour moins qu'ilz ne cousterent neufz
    Charitablement je leur laisse.

    Item je laisse aux Mendians,
    Aux filles Dieu, & aux Beguynes,
    Savoureux morceaulx & frians
    Chappons, pigeons, grasses gelines,
    Et puis prescher les quinze signes
    Et abatre pain à deux mains:
    Carmes chevauchent nos voysines,
    Mais cela ce n'est pas du mains.

    Item je laisse le mortier d'or
    A Jehan l'Epicier de la Garde,
    Et une potence à sainct Mor
    Pour faire ung broyer à moustarde,
    Et celluy, qui feit l'avant-garde
    Pour faire sur griefz expletz,
    De par moy, sainct Anthoine l'arde
    Je ne luy lairray autre laiz.

    Item je laisse à Mairebeuf
    Et à Nicolas de Louvieulx,
    A chascun l'escaille d'un œuf
    Plaine de frans & d'escus vieulx:
    Quant au concierge de Gouvieulx,
    Pierre Rousseville j'ordonne
    Pour luy donner encores mieulx
    Escus telz que Prince les donne.

    Finablement en escrivant
    Ce soir seullet estant en bonne
    Dictant ces laitz & descripvant
    J'ouyz la cloche de Sorbonne,
    Qui tousjours à neuf heures sonne,
    Le salut que l'Ange predit:
    Sy suspendy & y mis bourne
    Pour pryer comme le c|ur dit.

    Faict au temps de la dicte date
    Par le bon renommé Villon,
    Qui ne mange figue ne date,
    Sec & noir comme escouvillon
    Il n'a Tente, ne Pavillon
    Qu'il n'a laissé à ses amys;
    Et n'a mais qu'ung peu de billon
    Qui sera tantost a fin mys.





This site is a restoration of Nicolas Lenglet Dufresnoy's unfinished eighteenth-century edition of François Villon's works, accompanied by the editor's notes. It is funded through a Reagan Research Leave from the University of Tennessee-Martin.

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Robert D. Peckham bobp@utm.edu
Director, the Globe-Gate Project
University of Tennessee-Martin

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